Hatem Kattou
20 Septembre 2017•Mise à jour: 21 Septembre 2017
AA/Bujumbura/Nzosaba Jean Bosco
La Commission d’enquête de l’ONU sur la situation des droits de l’homme au Burundi a rendu son rapport définitif, dans le cadre de la 36ème session du Conseil des droits de l’homme à Genève, a déclaré l’ONU mardi soir, sur son site officiel.
Dans son rapport, la Commission indique que «Les graves violations des droits de l'homme perpétrées au Burundi depuis avril 2015 se poursuivent encore aujourd'hui».
Les violations des droits de l’homme épinglées par cette Commission concernent, notamment «des arrestations et des détentions arbitraires, des actes de torture et des traitements cruels, inhumains ou dégradants, des exécutions extrajudiciaires, des disparitions forcées, des viols et d'autres violences sexuelles».
La Commission d'enquête déclare par ailleurs, avoir «des motifs raisonnables de croire que certaines de ces violations constituent des crimes contre l'humanité». Elle établit ainsi «une liste non-exhaustive d'auteurs présumés de ces crimes contre l'humanité» avec des informations sur «certains actes qu'ils auraient commis ou commandités».
Selon ce rapport, «L'ampleur des violations, leur localisation dans plusieurs provinces, le profil et la pluralité des victimes, ainsi que la pluralité des auteurs présumés, démontrent que ces violations s'inscrivent dans le cadre d'une attaque généralisée, voire même systématique, du fait de la répétition d'agissements similaires, contre une population en grande majorité civile».
La Commission onusienne souligne, en outre, que les atteintes aux droits de l'homme ont également été commises par des groupes armés d'opposition. «Mais elles se sont avérées difficiles à documenter, malgré tous les efforts que nous avons déployés à cette fin, en particulier des nombreuses initiatives auprès de plusieurs contacts».
Bujumbura refuse de coopérer
Réagissant à ces accusations, la délégation burundaise a, de son côté, souligné que ce rapport «n'apporte aucune valeur ajoutée au regard des précédents rapports régulièrement et logiquement contestés».
Bujumbura a indiqué avoir entamé «un processus de paix et de réconciliation, notamment en créant la Commission Vérité et Réconciliation, qui est opérationnelle».
La Commission a exhorté la Cour pénale internationale (CPI) à «enquêter dans les plus brefs délais sur les crimes contre l'humanité et autres atrocités commises dans le pays» et à «renouveler» son mandat pour un an.
Le Conseil doit donner suite à ce rapport avant fin septembre.
Bujumbura qui s’est déjà désengagée de la CPI, a également refusé de collaborer avec les enquêteurs de cette commission onusienne mise en place en septembre 2016.
Elle a également suspendu, l’année dernière, sa coopération avec le bureau local du Haut Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, qu'elle accuse de «complicité dans l’élaboration d’un rapport accablant sur la situation des droits de l’homme au Burundi».
Le Bureau onusien des droits de l'homme au Burundi compte une vingtaine d'expatriés, en plus d'un réseau de Burundais déployés sur tout le pays.
Le Burundi a plongé dans une grave crise politico-sécuritaire depuis que le président Pierre Nkurunziza avait annoncé en avril 2015 sa candidature à un troisième mandat, jugé non constitutionnel par l'opposition, la société civile et de larges pans de son propre parti.
Un mandat qu'il a, quand même, obtenu en juillet de la même année au terme d'une élection boycottée par l'opposition.