AA/Abidjan (Côte d’Ivoire) / Issiaka N’Guessan
Deux défis se posent, ces derniers temps, à bon nombre d’Africains : risques naturels et crises provoquées par l’homme.
Si le premier défi renvoie à la sécheresse, aux inondations et ouragans, aux tremblements de terre ainsi qu’aux épidémies, le second se veut en rapport avec les conflits inter-communautaires, les crises sécuritaires et la faiblesse des moyens de subsistance de plusieurs populations.
Pour mieux comprendre les différentes facettes de la fragilité et de ses catalyseurs, remédier aux facteurs essentiels et adopter les stratégies et mesures nécessaires à la conduite de la transition vers la paix, la stabilité, la croissance, la cohésion et les accords politiques inclusifs, la Banque africaine de développement (BAD) organise, mardi et mercredi, le premier Forum africain sur la résilience, à Abidjan, capitale économique de la Côte d’Ivoire.
Les travaux sont articulés autour de « l’exécution des cinq objectifs prioritaires de la Banque » afin de contribuer « de manière significative, à la consolidation de la résilience dans les pays membre régionaux », selon Khaled Shérif, vice-président de la BAD en charge du Développement Régional.
A l’ouverture des travaux, Khaled Shérif a affirmé que l’objectif consiste à « concrétiser des idées pour faire face au défi de la fragilité » d’un continent secoué par les crises politiques et sécuritaires.
Il s’est référé à l’exemple du groupe extrémiste nigérian de Boko Haram qui a fauché des milliers de vies dans la région du Lac Tchad ainsi qu’aux crises d’alternance démocratique enregistré dans certains pays d’Afrique centrale, tels le Burundi et la République démocratique du Congo (RDC).
Abondant dans ce sens, Ayodélé Odusola, économiste en chef et responsable de l’équipe « Stratégie et Analyse du Bureau Régional du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) pour l’Afrique », a estimé que « les violences et le terrorisme, la sécheresse, la vague de chaleur destructrice montrent que la résilience est importante ».
Cheick Tidiane Gadio, ex-ministre des Affaires Etrangères du Sénégal et président de l’Institut panafricain de Stratégies, souligne, quant à lui, que "l'on ne peut pas déconnecter le combat du continent pour le progrès de la situation sécuritaire qui s’est compliquée dans plusieurs régions ces dernières années. Je prends très au sérieux la menace terroriste et la crise sécuritaire parce qu’elles ont révélé ce que j’appelle les vulnérabilités de l’Afrique».
La lutte contre cette fragilité du continent nécessite, selon le président de la BAD, Akinwumi Adesina, qui s’exprimait à l’ouverture des travaux du Forum, la mobilisation de 956 milliards de dollars.
Adesina a, par la même occasion, annoncé que 10 mille communautés africaines seront connectées à l’énergie en 100 jours et indiqué que « le défi est d’être créatif et proposer des solutions urgentes pour une transformation de l’Afrique ». L’objectif étant de jeter, a-t-il affirmé, les fondements d’une résilience africaine durable.
Insistant sur le rôle de l’emploi dans la consolidation de cette résilience, il, a encore annoncé que l’Institution qu’il préside œuvre à créer 15 millions d’emplois pour la jeunesse africaine.
« Sur 240 millions de jeunes africains, le tiers est sans emploi ou en situation d’emploi précaire » a-t-il alerté, appelant le secteur privé à venir en aide au secteur public, pour faire face à une fragilité assassine. La stratégie de la Banque africaine de développement rappelle celle de 2014-2015, initiée par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).
Ciblant des pays d’Afrique subsaharienne, le programme de la FAO pour renforcer la résilience africaine a couvert le Burkina Faso, l’Éthiopie, le Kenya, le Mali, le Niger, la Somalie, le Soudan du Sud, le Tchad et le Zimbabwe.
Selon le site officiel de l’Organisation onusienne, la FAO « a favorisé une approche globale de la résilience (Caisses de Résilience) en intégrant la protection sociale, le soutien productif et l’inclusion financière de façon complémentaire pour favoriser les possibilités au niveau des collectivités (en particulier pour les femmes vulnérables et leurs organisations) ».
Elle a également « encouragé sa mise en œuvre au Sahel et facilité l’échange de connaissances sur les Écoles pastorales de terrain et la Caisse de Résilience entre le Sahel et les pays de la Corne de l’Afrique ».
Les pays et régions touchés par les catastrophes et les crises ont, quant à eux, été soutenus pour préparer, coordonner et gérer des interventions rapides, efficaces et sensibles au genre, d’après la même source.