AA/Kinshasa/Joseph Tsongo
Au moment où la mission onusienne en République Démocratique du Congo (Monusco) est contrainte à réduire ses effectifs et son budget, beaucoup de congolais s'inquiètent directement pour le sort de la radio Okapi, du moment où cette station fut créée par la mission onusienne et bénéficie jusqu'à présent du soutien et du financement de la mission.
Fondée en 2002 à l’initiative des Nations-Unies, à travers sa mission d’observation au Congo (Monuc) à l’époque et la Fondation Hirondelle, organisation suisse active dans le soutien aux médias dans le contexte de crise, la radio Okapi est une radio d’information indépendante implantée à Kinshasa, la capitale congolaise.
Okapi avec ses huit sous-stations dans les principales villes du pays, fait partie des principaux organes d’information en République démocratique du Congo.
Créée dans l’objectif de donner accès à une information crédible dans le contexte d’un pays déchiqueté par la guerre, l’opinion cherche à savoir si la radio Okapi pérennisera son œuvre après le départ de la Monusco en RDC. « Sinon, que deviendra la radio Okapi ? »
La question trouve justification dans le fait que la mission de l'ONU s'apprête à réduire le budget des opérations de maintien de la paix. Et pour la mission onusienne en RDC, cela représente 8% de réduction, environ 92 millions de dollars, selon la porte-parole de la Monusco Mme Fabienne Pompey.
La radio Okapi, dite de la paix, n’en est pas du tout épargnée. Fabienne Pompey a, lors d’une conférence de presse tenue récemment à Kinshasa, déclaré que : « La radio de la paix, comme beaucoup d’autres entités de la mission onusienne en RDC, va connaitre une réduction du personnel. »
- Vers la fin de l’aventure « Okapi » ?
Selon Raphael Bampata, acteur de la nouvelle société civile congolaise, la radio Okapi est une émanation directe des Nations-Unies et peut-être qu’elle finira également par fermer ses portes après le départ de la Monusco.
« Je crains que l’aventure de cette radio ne soit que temporaire. Si, aujourd’hui, on va réduire le budget et les effectifs, rien n’empêche qu’on aille jusqu’à la fermeture, après un laps de temps »,indique Raphael Bampata, inquiet de l’avenir d'Okapi.
Il ajoute, par ailleurs, que les formats de journaux et les programmes magazines de cette radio, comme par exemple son émission « Dialogue entre Congolais », font de radio Okapi un outil important d’échange et de partage, surtout pendant troubles en RDC.
A l'image de ce citoyen congolais, une grande partie de l’opinion craint la disparition logique de radio Okapi, une fois la Monusco fermée.
Lors de son 15ème anniversaire célébré le 25 février 2017, nombreux sont ceux qui ont émis les vœux de voir la radio Okapi vivre au-delà du retrait de la mission onusienne.
« Je veux que radio Okapi continue à émettre ses programmes au service de la paix et du développement durant les quinze prochaines années », souhait exprimé par Suzanne Kumbo, fervente auditrice de l’émission « Paroles aux auditeurs », diffusée régulièrement sur radio Okapi.
A ce propos, la porte-parole de la Monusco, Fabienne Pompey rassure : « la radio Okapi ne ferme pas et elle ne va pas fermer. Même avec quelques postes en moins et quelques ajustements, la radio Okapi continuera à donner aux auditeurs une information juste et impartiale et à remplir son rôle de radio de paix. »
- De la nécessité de pérenniser l’œuvre de la mission onusienne
« La radio Okapi est l’un des meilleurs émanations de l’héritage qu’il faudra bien conserver après le départ de la mission onusienne », disait le ministre de Communication-médias et porte-parole du gouvernement congolais lors des cérémonies du 15ième anniversaire de radio Okapi.
Pour Lambert Mende, une transition se prépare déjà pour assurer la pérennité de la radio Okapi à travers des négociations stratégiques, d’autant plus que la mission onusienne en RDC a un commencement et aura une fin.
La radio Okapi, des Nations-Unies, a une histoire fortement liée à l’évolution de la situation de la République Démocratique du Congo durant les 15 dernières années.
Dès le lancement de ses programmes, Okapi s’est forgée une forte réputation lors des négociations politiques de Sun-City en Afrique du Sud, où elle a pris parti en faveur de la population congolaise pour l’accompagner dans sa quête de paix.
Du coup, la radio Okapi s’est imposée dans le paysage médiatique congolais. Elle est écoutée par 25 millions d’auditeurs et elle fédère plus de 4 millions d’internautes chaque mois.