AA/ Kinshasa/ Pascal Mulegwa
Le dialogue politique en République Démocratique du Congo (RDC), convoqué depuis 10 mois et démarré jeudi, serait "la dernière chance" de ce pays pour sortir de l'impasse politique et de l'escalade sécuritaire pouvant s'en suivre, selon des observateurs approchés par Anadolu.
Cette dernière chance serait, toutefois, viciée dans la mesure où le dialogue, censé mettre en place un calendrier électoral consensuel, se trouve encore boycotté par la principale plateforme de l'opposition, le Rassemblement des forces acquises au changement.
Le Rassemblement avait réitéré, lundi, son refus de prendre part au dialogue politique convoqué par le président Joseph Kabila en novembre 2015. Le Rassemblement avait notamment conditionné sa participation à ces assises par la libération des détenus politiques, la réouverture des médias proches de l'opposition et la cessation des poursuites judiciaires "à caractère politique" contre des opposants.
Seule la possibilité pour le Rassemblement de rejoindre le dialogue "en cours de route" permettra à la RDC de sortir de l'impasse, dont l'issue dramatique est bien réelle, avertit, dans une déclaration à Anadolu, Dieudonné Wendo, professeur de sciences sociales à l'université kimbanguiste du Congo, à Kinshasa.
A l'appui de ces présages, Wendo cite les heurts meurtriers en janvier 2015 sur fond d'un projet de loi suspecté de déblayer la route d'un nouveau mandat "anticonstitutionnel" pour Joseph Kabila.
"Certes, il y a une évolution de principe encourageante, dans la mesure où l'opposition a basculé du refus indiscutable du dialogue à un conditionnement. Toutefois, ces conditions préalables placent le pouvoir devant une équation difficile à résoudre. Soit il accède à ses demandes, au risque de perdre la face, soit il reste campé sur sa position, au risque de bloquer tout le processus", soutient l'universitaire.
Wendo relève, néanmoins, que sous l'impulsion de l'Union africaine qui parraine le dialogue, Kinshasa a procédé à la libération d'un certain nombre d'opposants politiques depuis quelques semaines. "Une libération distillée, par petits groupes de 3 ou 4 personnes, à chaque fois, toujours dans le but de ne pas perdre la face".
Cette initiative rejoint tout de même l'invitation de Smaïl Chergui, commissaire de l'Union Africaine à la paix, qui a appelé le gouvernement congolais, lors de la cérémonie d'ouverture du dialogue, à "renforcer les mesures de décrispation du climat politique".
Selon un diplomate de l'Union Africaine (UA) proche du dossier, "un véritable dialogue sur le dialogue est en train d'être conduit depuis plusieurs semaines par [le facilitateur togolais] Edem Kodjo qui ne désespère pas de voir le Rassemblement rejoindre le dialogue en cours de route".
"Un problème de confiance est posé. On espère, tout de même, qu'outre la caution apportée par l'UA, le cours du dialogue convaincra le Rassemblement de Monsieur Tshisekedi [chef de file de l'opposition congolaise] qu'il ne s'agit pas d'une manoeuvre destinée à permettre à Monsieur Kabila de rempiler alors que la Constitution ne le lui permet pas", ajoute ce diplomate, qui a requis l'anonymat.
Albert Kasongo, analyste politique et membre influent de la société civile, émet toutefois des craintes de voir le dossier Moïse Katumbi, ancien proche de Kabila et objet de poursuites judiciaires, constituer "la limite absolue de la mansuétude de Kabila", de même que l'exigence de l'opposition de voir l'actuel président quitter le pouvoir le 19 décembre.
"Le président congolais ne fera pas de concessions sur ces dossiers dans la mesure où des considérations personnelles sont en jeu, a déclaré à Anadolu Albert Kasongo en précisant que l'affaire Katumbi revêt une dimension personnelle pour le président congolais.
"Kabila considère le basculement de Katumbi dans l'opposition [en janvier 2016] comme une trahison, un véritable affront personnel. De même qu'il juge que la sommation que lui adresse l'opposition de quitter son poste avant le 19 décembre est un crime de lèse-majesté impardonnable", ajoute la même source.
Entre temps, l'opposition fait monter la pression. Des manifestations ont été organisées jeudi à Kinshasa à quelques heures du démarrage du dialogue en réponse à l'appel du Rassemblement.
Le dialogue qui devra s'étaler sur 15 jours portera, essentiellement, sur l'élaboration d'un calendrier électoral consensuel et sur les question relatives à la gestion du pays après l'expiration constitutionnelle du deuxième et dernier mandat du président Joseph Kabila.
"Ce dialogue pourrait mener à une gestion consensuelle de l'Etat, jusqu'à la tenue de prochaines élections" a confirmé à Anadolu Léonard She Okitundu porte-parole de la majorité présidentielle au dialogue politique, auquel participe également des membres de la société civile et quelques partis de l'opposition
La tenue de l'élection présidentielle, prévue constitutionnellement en novembre prochain, semble de plus en plus hypothétique de l'avis de plusieurs observateurs et de l'opposition qui accuse le président Joseph Kabila dont le mandat présidentiel arrive à terme en décembre, de bloquer "délibérément" le financement des élections pour se maintenir au pouvoir.
Le 31 juillet dernier, la Commission électorale avait lancé l'opération d'enrôlement d'électeurs dans la province du Nord-Ubangi dans l'ouest de la RDC. Une opération qui n'a toujours pas été entamée dans les autres provinces et qui risque de prendre 13 mois, selon des prévisions fuitées de la Commission électorale indépendante.