AA/Kigali/Henri De Marie
Le 4 août prochain, les Rwandais se rendront aux urnes pour choisir leur président parmi trois candidats.
Alors que la campagne électorale a démarré depuis quelques jours, les dés semblent cependant déjà jetés.
Face au président sortant et grand favori Paul Kagame qui brigue son troisième mandat, deux petits candidats de l’opposition tentent tout de même de sortir leur épingle du jeu.
« Mais leur espoir est maigre », commentent les observateurs politiques pour qui ce scrutin post-génocide laisse peu de place au suspens.
- Un président sortant convaincu de sa future victoire
Au cours de son premier meeting de campagne animé, vendredi dernier, Kagame n’a pas hésité à affirmer que l’élection présidentielle était déjà scellée. S’exprimant devant des milliers de Rwandais massés sur le terrain de football d’une école, le président sortant qui a pris un long bain de foule, a assuré devant ses partisans que la Présidentielle était jouée depuis le référendum de 2015 à l’issue duquel les Rwandais se sont prononcés à plus de 98% en faveur d’une réforme de la Constitution autorisant Kagame à briguer son troisième mandat (et qui lui permettrait hypothétiquement de rester au pouvoir jusqu'en 2034).
«Ce serait mentir que de prétendre ignorer le résultat de l’élection présidentielle. Je suis venu vous demander si vous êtes encore sur la voie de ce qui a conduit au référendum et à ses résultats. Si c’est le cas, vous comprendrez que l’élection est jouée», a-t-il lancé devant son public.
- Un président dont le nom est lié au développement du pays
Kagame, 59 ans, est donc cette année encore, le grand favori de la présidentielle. Plusieurs actions militent en sa faveur, selon ses partisans.
Il a, disent-ils, le mérite d'avoir mis fin au génocide de 1994 responsable d'environ 800 000 morts, essentiellement parmi la minorité tutsi, et d’avoir restaurer l'unité nationale.
La bonne gouvernance, la promotion de la population féminine aux postes de prise de décisions, la sécurité et la stabilité économique dont jouit le Rwanda depuis près de deux décennies sont également à mettre à son actif, selon ses militants.
Autant d'atouts qui le conforte dans ce fauteuil présidentiel.
« La plupart des Rwandais l'aiment parce qu'il pose des actes qui favorisent le développement du pays. Il a redonné la fierté et la dignité à notre pays et je pense que s’il reste dans cette dynamique son peuple le portera toujours en triomphe », a déclaré à Anadolu Ange Hatangimana, analyste politique rwandais.
-Qui sont ces challengers qui veulent bousculer le président ?
Même si Kagame a été élu président en 2000 et réélu en 2010 avec plus de 90% des voix part largement favori, il ne fait pas pour autant l’unanimité au sein de l’opposition qui l'accuse de créer un "climat de peur" et de vouloir la museler depuis deux décennies.
Deux challengers affronteront donc Kagame pour essayer d'obtenir "l'alternance politique".
Le premier candidat, Frank Habineza est un frondeur du parti au pouvoir Front Patriotique Rwandais (FPR). Il dirige actuellement le parti démocratique des verts du Rwanda, seule formation politique d'opposition reconnue dans le pays par les actuelles autorités rwandaises.
Un parti qui en raison de son jeune âge (quatre ans d’existence) n'avait jamais, jusque là, pris part à des échéances électorales au Rwanda. En 2015, il s’est opposé sans succès à la modification de la Constitution.
A 40 ans, Docteur Habineza, est donc le premier candidat des écologistes à prendre part à une présidentielle. Il promet de mettre l’emploi au coeur de son projet et d’assurer plus de sécurité alimentaire et davantage d'ouverture démocratique au Rwanda s'il devient président.
« Nous bâtirons ensemble un Rwanda meilleur avec une justice équitable, plus de libertés et de bonnes pratiques démocratiques », a confié à Anadolu le candidat des écologistes à la présidentielle.
Le deuxième candidat, Philippe Mpayimana, est un challenger quasi-inconnu au Rwanda.
Il a le mérite d'être le seul candidat indépendant ayant vu sa candidature validée parmi quatre prétendants indépendants à la présidentielle de 2017. Ce journaliste écrivain de 46 ans avait quitté le Rwanda en 1994 pour la RD Congo en même temps que des centaines de milliers de Hutus fuyant l'avancée du Front patriotique rwandais (FPR).
Il a ensuite vécu au Congo Brazzaville et au Cameroun avant de s’installer en France en 2003 où il a exercé le métier de journaliste.
Rentré d'exil en février, celui dont la candidature a crée la surprise dans le pays, a estimé que « l'alternance faisait partie des éléments de la stabilité d'un pays ».
« Nous avons une génération aujourd'hui au pouvoir, il faut qu'une autre génération se prépare », avait-il dit face à la presse.
Pour Ange Hatangimana, cette candidature a cependant peu de chance d’aboutir.
« Mpayimana a passé beaucoup de temps à l'extérieur du pays et cet exil est plus un handicap qu’un avantage. En effet, son électorat ne le connait pas assez bien et il sera difficile pour lui de se faire une popularité en si peu de temps » estime-t-il.
«Ces candidats ne peuvent pas inquiéter Kagame, il va donc s’imposer naturellement », commente pour sa part Oswald Umutuyeyezu, journaliste rwandais.
Cependant, confie Damien Mouzoun, promoteur de “Ayinan Think Tank” (structure créée pour «conscientiser» la jeunesse africaine), «les résultats pourraient tout à fait nous surprendre ».
« C'est vrai que le président Kagame est le grand favori mais attention toutefois à ne pas tomber dans la suffisance. En effet, nous ne sommes pas à l'abri de surprises comme en Gambie où personne ne s’attendait à ce que le président Yahya Jammeh perdre les élections», rappelle-t-il.
D’après la commission électorale, quelque 6,8 millions de Rwandais sont convoqués aux urnes pour choisir leur président.