AA / Yémen / Foued Messaad
-L’émissaire onusien avait appelé, il y a de cela quelques jours, le Conseil de sécurité à accomplir le rôle qui est le sien pour l’appuyer dans sa mission délicate visant à faire prévaloir la paix au Yémen, et des observateurs estiment que l’échec est l’aboutissement prévu des efforts déployés par le quatrième envoyé de l’ONU pour le Yémen
-Le chercheur Nabil Bekiri : Le Conseil de sécurité a perdu sa capacité à influencer le dossier yéménite
-Le journaliste Khaled Choudri : La Communauté internationale ne dispose d’une volonté véritable pour exercer une pression sur les Houthis afin de mettre un terme au conflit
Le peuple yéménite ne place plus de réels espoirs quant à la capacité du Conseil de sécurité des Nations unies et de la Communauté internationale en général pour mettre un terme à une guerre atroce qui ravage le pays depuis près de sept ans, faisant des milliers de morts en plus des blessés, des dégâts matériels causés et de l’effondrement de l’économie.
Ce désespoir émane du vécu des Yéménites durant les années écoulées et de leur connaissance des efforts intenses, aussi bien onusiens qu’internationaux, pour les extirper des entrailles de la guerre.
En effet, à chaque fois, ces efforts butaient sur les échecs, les reports et les atermoiements compte tenu de l’absence de consensus et d’accord entre les principaux protagonistes, en l’occurrence, le gouvernement et les Houthis.
Les plus récents de ces efforts, qui ne suscitent plus l’enthousiasme de Yéménites, est l’appel lancé, il y a de cela quelques jours, par l’émissaire onusien pour le Yémen, Hans Grundberg, au Conseil de sécurité pour « accomplir le rôle qui est le sien pour l’appuyer dans sa mission délicate visant à faire prévaloir la paix au Yémen ».
Dans une intervention, mardi, devant le Conseil de sécurité, Grundberg a souligné « l’existence d’Un profond gap entre les protagonistes du conflit au Yémen », mettant l’accent sur l’Impératif qu’il y a à « lancer et faire aboutir un processus politique global et inclusif qui sera dirigé par les Yéménites eux-mêmes avec un appui de la Communauté internationale ».
L’émissaire onusien a relevé l’importance que « le processus politique appuie des solutions à court terme afin de réduire la spirale de la violence, d’endiguer l’effondrement économique et de baisser l’impact du conflit sur la population civile ».
L’intervention de Grundberg devant le Conseil de sécurité a été précédée par une tournée dans plusieurs pays, dont la France, les Emirats, l’Arabie Saoudite, l’Iran et le Sultanat d’Oman, en vue de solliciter l’appui de ces pays influents afin d’exercer des pressions sur les protagonistes yéménites, l’objectif étant de les amener à accepter de mettre fin à la guerre et à adhérer sérieusement à un processus politique.
Deux analystes politiques yéménites sont convenus à dire que « l’échec » est l’aboutissement prévu des efforts actuels déployés par le quatrième émissaire onusien pour le Yémen, à l’instar du sot qui a été réserve à ses prédécesseurs à ce poste, durant les sept ans de guerre qui ont été ponctués par de nombreux rounds de pourparlers.
Le chercheur et analyste politique Nabil Békiri a relevé que le « Conseil de sécurité a lamentablement échoué dans plusieurs étapes de même que ses résolutions et appels au cessez-le-feu n’ont pas vraiment résisté ».
Dans une déclaration faite à AA, Békiri a ajouté que « Le Conseil de sécurité a perdu de sa capacité à peser dans le dossier yéménite, en particulier, après l’échec de tous les précédents rounds de négociations parrainées par les Nations unies ».
Et notre interlocuteur de poursuivre : « Ainsi, aucun espoir n’existe pour parvenir à un cessez-le-feu, d’autant plus que la Communauté internationale n’est pas assez présente dans le dossier de plus que cette même Communauté est impliquée dans le soutien de ces groupes armés quand bien même elle tente de leur afficher publiquement son hostilité ».
Catégorique, Békiri estime qu’il « n’y a pas d’espoir de parvenir à un accord de cessez-le-feu sous une pression internationale ».
L’analyste politique Khaled Choudri abonde dans le même lorsqu’il a minimisé l’utilité des actions menées par l’émissaire international et des efforts des Nations unies, dans la mesure où « aucune pression réelle n’est exercée sur les Houthis pour stopper la guerre ».
« Les Nations unies et la Communauté internationale ne disposent pas d’une volonté véritable pour exercer une pression sur les Houthis afin de stopper le conflit et d’aboutir à une paix globale qui fera éviter au Yémen les affres de la guerre à l’avenir ».
Dans une déclaration faite au correspondant de AA, Choudri a estimé que « face à l’approbation du gouvernement légal de mettre fin à la guerre, de faire prévaloir la paix et d’interagir positivement avec les initiatives et aux efforts consentis par l’ONU, les Houthis, de leur côté, continuent de faire peu de cas de l’ensemble des accords et des traités signés dès lors qu’ils ne les respectent pas ».
« A chaque fois, les Houthis font volte-face et violent les accords conclus précédemment au vu et au su des émissaires et des commissions des Nations unis », a-t-il encore dit.
« Les Nations unies, pour leur part, ne réagissent pas pour contraindre les Houthis à respecter et à mettre en œuvre les résolutions émanant du Conseil de sécurité ou les accords conclus sous les auspices ou avec l’appui des Nations unies », a ajouté l’analyste politique.
Le diplomate suédois, Hans Grundberg, a pris ses fonctions en tant qu’envoyé spécial du Secrétaire général de l’ONU pour le Yémen, au début du mois de septembre, devenant ainsi le quatrième émissaire onusien dans ce pays, et succédant au Britannique Martin Griffith qui avait occupé ce poste du mois de février 2018 jusqu’au mois d’août 2022.
Parallèlement aux efforts actuels déployés par l’émissaire onusien, le Yémen est en proie depuis plusieurs jours à une nouvelle escalade militaire entre les forces gouvernementales soutenues par la Coalition arabe et les groupes armés Houthis appuyés par l’Iran.
Cette escalade intervient sur fond d’accusations mutuelles entre les deux parties du conflit quant au non-respect du cessez-le-feu dans ce pauvre pays de la Péninsule arabique.
Jusqu’à présent, de violents combats et affrontements continuent à opposer les forces gouvernementales aux Houthis à un rythme inédit dans la province de Ma’rib (centre),
Les Houthis tentent de progresser en direction des champs de pétrole et de gaz, et ce après leur prise de contrôle, au cours des derniers mois, de plusieurs zones rurales de Ma’rib.
L’aviation de la Coalition conduite par l’Arabie Saoudite, lance quotidiennement des dizaines de raids sur les positions houthies à Ma’rib, annonçant par la suite de nombreux morts dans les rangs des groupes armés des suites des raids lancés pour empêcher leur avancée,
Les Nations Unies estiment qu’à la fin de l’année 20021, la guerre au Yémen aurait causé la mort de 377 mille personnes, de manière directe ou indirecte.
Le conflit yéménite a provoqué des pertes financières évaluées à 126 milliards de dollars et généré l’une des pires crises économiques et humanitaires au monde. La majorité des habitants du pays, au nombre de 30 millions, comptent pour survivre sur les aides, selon l’ONU.
news_share_descriptionsubscription_contact
