Ayvaz Çolakoğlu
02 Octobre 2026•Mise à jour: 02 Octobre 2026
Le mouvement de blocus des lycées, entré dans sa phase la plus violente jeudi, se poursuit ce vendredi en France, avec plus de 400 établissements fermés par les autorités et des interdictions de rassemblement aux abords de ces sites.
Des incidents graves, notamment des agressions de policiers, ont marqué la journée de jeudi, tandis que le mouvement s’étend aux universités.
Parmi les scènes les plus marquantes figurent l’agression d’une policière poursuivie et frappée au sol dans le 20e arrondissement de Paris, aux cris de « Tuez-la », ainsi que le lynchage à Belfort d’un policier haut gradé en civil, roué de coups de pied, notamment à la tête, jusqu’à perdre connaissance. Une enquête a été ouverte pour tentative d’homicide volontaire.
Selon le ministère de l’Intérieur, 1 027 établissements ont été concernés jeudi par des actions, dont 222 blocages. Les forces de l’ordre ont procédé à 1 949 interpellations. Environ 300 à 305 policiers et gendarmes ont été blessés. Côté Éducation nationale, le ministre Édouard Geffray a fait état de 235 blessés depuis le début du mouvement (170 élèves et 65 personnels, dont une quarantaine de proviseurs).
À Marseille, un camion de pompiers a été incendié alors qu’il intervenait sur un feu de poubelle. Des dégradations et incendies ont touché plusieurs lycées (Nantes, Lyon, Rouen notamment), avec des jets de projectiles et des attaques visant aussi le personnel enseignant.
Le gouvernement a qualifié la situation de « violences urbaines », estimant que le mouvement lycéen est « pris en otage par des groupuscules ultra-violents ». Une cellule de crise a été réunie à Matignon. Les préfets ont interdit les manifestations aux abords des établissements fermés ce vendredi. Les cours doivent être assurés à distance là où les conditions de sécurité ne sont plus réunies.
Parti d’une poignée d’établissements, notamment à Créteil (Val-de-Marne), le mouvement s’est rapidement propagé via les réseaux sociaux. Il a d’abord porté des revendications locales, manque de professeurs et de personnels, classes surchargées, bâtiments dégradés (toilettes, cantines, fuites, rats signalés dans certains établissements), non-remplacements, emplois du temps trop lourds et stress lié à Parcoursup.
L’Union syndicale lycéenne (USL) a appelé à un « acte 2 » le 1er octobre, rejoint par des organisations étudiantes. Une trentaine de campus universitaires ont également été bloqués. Les revendications restent disparates d’un établissement à l’autre, sans porte-parole unique ni structure nationale centralisée.
Une plateforme de concertation doit s’ouvrir lundi et le ministre de l’Éducation reçoit ce vendredi syndicats, parents d’élèves et associations lycéennes. Le gouvernement a déjà retiré du budget 2027 le projet de nouveaux droits d’inscription en classes préparatoires et BTS.
Le mouvement doit se poursuivre, avec une journée d’action appelée par l’USL le 6 octobre.
Cette contestation lycéenne s’inscrit dans un climat social tendu. Les sapeurs-pompiers professionnels sont en grève depuis début septembre (préavis jusqu’au 20 octobre) pour dénoncer le manque de moyens humains et matériels, l’épuisement après un été de feux de forêt records et la vétusté des équipements. Ils ont multiplié les actions, dont une manifestation nationale à Paris.
Les agriculteurs poursuivent quant à eux des actions dispersées (blocages locaux, dépôts de fumier, destruction de radars) pour protester contre la hausse des coûts, notamment du gazole non routier (GNR), et réclamer un meilleur soutien face aux difficultés de trésorerie.
Bruno Retailleau (Les Républicains) a vivement mis en cause La France insoumise estimant que cette dernière est « fasciné par la violence », « appelle à la sédition » et « essaie d’organiser l’insurrection ».
Selon lui, « ce qui se passe aujourd’hui devant les lycées, c’est la répétition générale de ce qui pourrait se passer en 2027 ». Il a posé « la question de l’interdiction de LFI », tout en reconnaissant les difficultés juridiques d’une telle mesure.