Les mobilisations lycéennes se poursuivent depuis plusieurs jours en France pour réclamer des réponses au manque d’enseignants, à la dégradation des conditions d’enseignement et au sous-investissement dans les établissements scolaires.
Le mouvement a débuté au lycée Saint-Exupéry de Créteil, en banlieue parisienne, où les enseignants se sont mis en grève le 17 septembre pour dénoncer le manque de moyens et de personnel, avec le soutien des élèves.
Les mobilisations ont gagné d’autres villes de la banlieue parisienne avant de s’étendre à l’ensemble du pays à partir du 28 septembre.
Les lycéens poursuivent depuis plusieurs jours leurs mobilisations pour réclamer des réponses au manque chronique d’enseignants, à la dégradation des conditions d’enseignement et au sous-investissement dans les établissements scolaires.
Les élèves bloquent les entrées des lycées, tandis que des poubelles ont été incendiées devant certains établissements et des barricades dressées sur la chaussée dans plusieurs villes.
L’usage par la police de gaz lacrymogène et de projectiles en plastique, ainsi que ses interventions physiques contre les élèves, ont suscité des critiques dans l’opposition. Depuis la semaine dernière, des étudiants rejoignent également les mobilisations en soutien aux lycéens.
À ce stade, 170 élèves, 65 membres du personnel éducatif et plus de 600 membres des forces de l’ordre ont été blessés, tandis que plus de 5 000 personnes ont fait l’objet de procédures.
Au moins quatre enquêtes ont été ouvertes sur des interventions policières contre des élèves.
Plusieurs lycéens ont été grièvement blessés au visage, dont Mael, 16 ans, qui a perdu la vue de l’œil droit après avoir été blessé le 30 septembre à Tours.
De nombreux syndicats de salariés ont apporté leur soutien à l’appel des organisations lycéennes et étudiantes à de « grandes manifestations » dans tout le pays le 6 octobre pour réclamer de meilleures conditions d’enseignement.
Alors que la durée du mouvement reste incertaine, la possibilité de voir émerger une nouvelle mobilisation comparable à celle des « gilets jaunes » fait également débat.
À Paris, des lycéens ont exposé leurs revendications à Anadolu.
« Nous voulons que le gouvernement consacre davantage de moyens à l’éducation »
Arthur, 17 ans, dénonce des classes surchargées. « Nous en avons assez des classes surchargées. Nous sommes 38 élèves par classe, il faudrait être moins nombreux », explique-t-il, en réclamant également davantage d’enseignants.
Il souhaite un allègement des emplois du temps et la suppression du système d’enseignements de spécialité au lycée.
Arthur souligne que les élèves se mobilisent aussi par solidarité avec les établissements en difficulté, comme le lycée Paul-Éluard de Saint-Denis.
« Nous voulons que le gouvernement consacre davantage de moyens à l’éducation, en réduisant par exemple le budget de la police ou de l’armée », déclare-t-il.
« Nous voulons davantage de moyens »
Abel, 17 ans, affirme n’avoir aucun lien avec les « casseurs » qui commettent des dégradations.
Interrogé sur la volonté du gouvernement de faire payer aux familles des élèves le coût des dégâts commis pendant les mobilisations, il déclare :
« Je tiens à dire que nous n’avons rien à voir avec les casseurs. Je suis ici depuis 6 heures du matin, nous n’avons rien cassé. Nous avons seulement apporté des poubelles et les avons attachées les unes aux autres. »
Abel souligne que les lycéens portent de véritables revendications. Il réclame notamment la suppression de Parcoursup, la plateforme de candidature à l’enseignement supérieur, qu’il juge source de stress pour les élèves.
Il dénonce une situation « catastrophique » dans les lycées publics, y compris en banlieue, ainsi que le manque d’enseignants.
« Nous voulons donc davantage de moyens », résume-t-il.
« Les revendications des élèves sont tout à fait légitimes »
Layla, 16 ans, rappelle que les enseignants portent depuis des années les mêmes revendications que les élèves.
« Il a fallu des dégâts matériels et physiques pour qu’on nous écoute », déclare-t-elle, soulignant que le mouvement soutient également les élèves de banlieue dont les établissements sont fortement dégradés.
« Les revendications des élèves sont tout à fait légitimes », estime-t-elle, dénonçant aussi les rémunérations insuffisantes du personnel éducatif.
Elle regrette la disparition des sorties culturelles, notamment dans les musées et les librairies, et décrit des conditions difficiles en classe :
« Pendant la canicule, les températures ont dépassé les 40 degrés. Nous ne pouvions plus suivre les cours, qui ont été suspendus. En hiver, pendant les périodes d’examens, le chauffage n’est pas allumé avant la mi-décembre ou la fin décembre. Nous avons donc cours dans le froid. »
Concernant les interventions policières, Layla affirme : « Ils frappent des mineurs qui se mobilisent et luttent pour leurs droits. »
« La police envoie des jeunes et des mineurs à l’hôpital »
Sabrine Kharbach, porte-parole de l’Union étudiante (UE), dénonce un sous-investissement dans les lycées et les universités depuis plusieurs années.
Elle évoque des plafonds d’établissements scolaires et des bâtiments universitaires délabrés, ainsi qu’un manque de personnel dans les lycées, notamment d’enseignants et de psychologues.
Selon elle, les deux plateformes de candidature en licence et en master excluent des étudiants et les exposent à des discriminations. Les jeunes se mobilisent donc pour réclamer davantage d’investissements dans les établissements, explique-t-elle.
Kharbach qualifie également de « politique raciste » les droits d’inscription universitaires plus élevés imposés aux étudiants étrangers.
À propos des interventions policières, elle déclare : « D’un côté, des poubelles brûlent ; de l’autre, la police envoie des jeunes et des mineurs à l’hôpital. »
* traduit du turc par Ayse Betul Akcesme