AA / Grenoble (France) / Souhir Bousbih
Il est de toutes les discussions, à gauche comme à droite. Longtemps considéré comme une bulle médiatique, Emmanuel Macron, 38 ans, se positionne aujourd’hui comme le troisième homme de l’élection présidentielle dans les sondages, derrière François Fillon et Marine Le Pen, au coude à coude.
Le candidat social-libéral, ancien ministre de l’Economie de François Hollande, a montré qu’il pouvait remplir des salles de 10000 personnes Bercy) et compte environ 150000 adhérents dans le Mouvement « En Marche », qu’il a lancé en avril dernier.
Parmi ses thèmes de prédilection, on retrouve le travail et l’éducation. C’est d’ailleurs dans un centre de formation et d’apprentissage de la banlieue parisienne qu’Emmanuel Macron a annoncé sa candidature, le 16 novembre dernier.
Un lieu symbolique pour celui qui se veut l’incarnation d’une « alternance de l’espoir ». Devant un parterre de journalistes, il a appelé à davantage de flexibilité au travail, défendu l’importance de la formation et dénoncé une « France des quartiers assignée à résidence ».
Un discours qui a touché Younès Yousfi, 31 ans. Le directeur-adjoint du collège et lycée musulman Ibn Khaldoun (Marseille, Sud) se dit convaincu par « les idées novatrices et les méthodes nouvelles» proposées par le candidat et partage de surcroît « ses valeurs et sa vision ouverte de la laïcité». Pour lui, Emmanuel Macron est celui qui peut agir sur l’emploi des jeunes. « Dans la formation, il y a clairement du travail à faire», conclut-il.
Comme Younès, Anouar Sassi est un « marcheur ». Ce militant associatif, chargé de mobilité dans une société de services et professeur d’économie, roule pour Macron, et s’occupe de sa communication auprès des médias à Mulhouse (Nord-est).
«Permettre à chacun de vivre décemment du revenu de son travail, c’est une priorité. Si on règle la question de l’emploi et que l’on permet à chacun d’accéder à ce qui a de mieux en termes d’éducation, on entrera dans une logique positive », affirme-t-il.
«Quand le marché [du travail] se tend, chacun se replie sur celui qui le ressemble. Le vrai sujet, pour éviter cela, c‘est comment on remet de l’énergie dans la machine», lance-t-il.
Combien sont-ils à penser comme Younès et Annouar? Difficile à dire, Emmanuel Macron n’ayant jamais été soumis à l’épreuve des urnes. Mais pour Olivier Rouquan, politologue : «Les probabilités pour Emmanuel Macron existent de toucher un public qui n’a pas les repères classiques de la vie politique française, qui est peu attaché à la tradition socialiste».
«Il y a une identification possible pour ce personnage qui incarne la réussite, l’aisance…Surtout que le gouvernement sortant a déçu les publics très en difficulté, notamment dans les banlieues, même si une politique publique a été mise en place», explique-t-il.
Maroua fait partie de ces déçus. « Dégoûtée » même, plaisante-t-elle. Etudiante en médecine à Lille (Nord), elle n’espère rien d’Emmanuel Macro.
«Je ne pense pas qu’il est sincère. Il modèle son discours selon le public qui est en face, c’est tout. Une fois ce sont les jeunes, une autre fois les femmes voilées…Il veut juste nous amadouer. Il ne connaît rien de nos problèmes. Moi je le mets dans le même sac que les autres et je ne voterai pas pour lui », assène-t-elle.
Même jugement pour Amanie, 30 ans, gestionnaire de paie à Grenoble: «Je ne crois plus aux promesses des politiques. Macron ne s’intéresse pas à nous. Il peut promettre de changer les choses mais il n’en fera rien».
L’abstention, c’est une des grands inconnues de cette élection, comme l’explique Nonna Meyer, sociologue de son état.
«C’est chez les jeunes que le rejet de la politique est le plus marqué en ce moment. Savoir s’ils iront voter ou pas, c’est trop tôt pour le dire. Mais il est important de voir qu’il y a un énorme clivage entre les jeunes qui ont fait des études, qui ont au moins le bac et ceux qui ne l’ont pas. Ne pas faire d’études suscite beaucoup de ressentiments. La première caractéristique, c’est de ne pas voter, se dire que ce sont toujours les mêmes…».
Olivier Rouquan formule lui aussi des réserves: «La différence entre Emmanuel Macron et les autres, c’est sa fraîcheur. Il n’est pas usé. Mais est-ce que cela sera suffisant ? Nous n’en sommes qu’au début de la campagne…C’est un phénomène en construction, la dynamique est de son côté mais il y a des limites inhérentes à la politique, qui relèvent du budget. Comment va-t-il s’en sortir avec la politique de la ville, dont le budget est limité ? Je n’ai rien vu dans ses propositions sur le sujet».
Attendre et observer. D’autant que tous les candidats ne se sont pas déclarés et qu’il faudra patienter jusqu’au 29 janvier pour connaître le nom du candidat socialiste. Des jeux d’alliances et de nouvelles configurations pourraient en résulter.