Melike Pala
16 Septembre 2026•Mise à jour: 16 Septembre 2026
BRUXELLES (AA)
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a appelé mercredi à la création d’un nouveau « Conseil européen de sécurité » ainsi que d’un protocole d’urgence à l’échelle de l’Union européenne (UE), qui obligerait l’ensemble des États membres à se réunir lorsqu’un incident sécuritaire déclenche le mécanisme.
S’exprimant devant le Parlement européen, von der Leyen a estimé que les institutions et les mécanismes décisionnels européens en matière de sécurité n’avaient pas évolué au même rythme que les menaces auxquelles le continent est confronté, alors que la guerre en Ukraine se poursuit sur fond d’augmentation des menaces hybrides attribuées à la Russie contre des pays européens.
La présidente de la Commission a estimé que l’UE avait besoin de « son propre manuel de réponse aux menaces hybrides » et appelé les États membres à s’accorder sur la manière de réagir aux incidents qui restent en deçà du seuil d’une agression armée, mais constituent néanmoins une menace pour la sécurité nationale.
« Je pense qu’il est temps que l’Europe se dote de son propre Article 4, un protocole de sécurité d’urgence », a-t-elle déclaré, en référence à l’Article 4 du traité de l’Otan, qui permet aux membres de l’Alliance de se consulter lorsque l’un d’entre eux estime que sa sécurité est menacée.
Selon le mécanisme proposé, si un État membre déclenchait le protocole, l’ensemble des pays de l’UE se réuniraient afin de coordonner une réponse européenne, de dissuader toute nouvelle escalade et de limiter les conséquences de l’incident.
Von der Leyen a précisé que cette initiative compléterait, sans la remplacer, la coopération existante avec l’Otan, dont une grande partie des membres appartiennent également à l’UE.
Elle a également annoncé son intention de présenter des propositions visant à concrétiser la création d’un « Conseil européen de sécurité », estimant cette initiative de plus en plus urgente au regard de « la nature et de l’ampleur » des risques auxquels le continent est confronté.
Le format proposé réunirait les dirigeants de l’UE ainsi que des partenaires, notamment le Canada, l’Ukraine, le Royaume-Uni et la Norvège, autour des enjeux de sécurité européenne.
Gaza et Cisjordanie
Abordant la situation au Moyen-Orient, von der Leyen a déclaré que les souffrances à Gaza et les violences en Cisjordanie avaient profondément affecté les Européens.
« La décision du gouvernement israélien de faire avancer le projet de colonie illégale E1 est inacceptable », a-t-elle déclaré, en référence au projet de colonisation en Cisjordanie occupée.
La présidente de la Commission a rappelé avoir précédemment appelé l’Europe à prendre des mesures en réponse aux développements dans la région, tout en soulignant que les États membres n’avaient pas réussi à réunir les majorités nécessaires à une réponse commune.
« Lorsque l’Europe est divisée, elle ne peut pas changer le cours des événements », a-t-elle estimé.
Von der Leyen a parallèlement réaffirmé le soutien de l’Europe au droit d’Israël à « se défendre », tout en soulignant que les Palestiniens avaient également le droit de vivre dans la sécurité et la dignité.
« Le rôle de l’Europe est de maintenir vivante la perspective de la solution à deux États », a-t-elle déclaré.
Migration
Von der Leyen a également abordé la question migratoire et la protection des frontières extérieures de l’Europe, évoquant notamment l’enclave espagnole de Ceuta, en Afrique du Nord, où des milliers de migrants ont franchi la frontière à partir de la fin juillet.
Tout en soulignant que les différentes situations migratoires n’étaient pas identiques, elle a estimé qu’elles présentaient des caractéristiques communes.
La présidente de la Commission a accusé les trafiquants et les passeurs d’exploiter des personnes vulnérables, affirmant également que des adversaires de l’Europe instrumentalisaient ces mouvements.
Elle a rappelé que la Commission européenne avait proposé des sanctions visant les trafiquants et les passeurs.
Von der Leyen a estimé que l’Europe devait disposer des moyens nécessaires pour protéger ses frontières extérieures, notamment lorsque des mouvements massifs de population sont « orchestrés et instrumentalisés ».
Elle a annoncé son intention de proposer un nouvel instrument européen de réponse d’urgence, qui ne pourrait être activé que selon des critères strictement définis.
Ce dispositif permettrait, dans de telles circonstances, d’introduire une flexibilité temporaire et strictement encadrée dans l’application des procédures habituelles.
Von der Leyen a enfin souligné que le respect des valeurs de l’UE était « non négociable », évoquant un récent événement en Serbie, pays candidat à l’adhésion au bloc.
« J’ai été horrifiée par les images des funérailles de [Ratko] Mladic à Belgrade la semaine dernière. Il a commis les crimes contre l’humanité les plus atroces », a-t-elle déclaré, en référence à l’ancien chef militaire des Serbes de Bosnie.
« La glorification des criminels de guerre n’a tout simplement pas sa place dans l’Union européenne », a-t-elle conclu.
*Traduit de l'anglais par Ben Amed Azize Zougmore