AA/ Kinshasa/ Safwene Grira
Les contestations populaires ayant cours en RDC ressemblent, de part quatre aspects constitutifs, recensés par Anadolu, à celles qui ont conduit, en octobre 2014, au départ du président burkinabè, Blaise Compaoré, et à l’installation d’une transition politique.
Ce rapprochement ne préjuge, toutefois, pas d'une reproduction du scénario burkinabè, dans la mesure où le contexte de la RDC garde des spécificités qui lui demeurent propres, selon quatre autres éléments recensés par Anadolu.
les points de ressemblance:
1- Un président se maintenant au-delà de son terme constitutionnel:
Le projet de loi électorale qui retarderait l'élection de 2016 "de plusieurs années" selon l'opposition, jouerait en faveur du président sortant Joseph Kabila, dont le dernier mandat prend fin en 2016. Le gouvernement congolais soutient, pour sa part, que cette opération garantira, au contraire, des élections « libres, inclusives et transparentes».
Ce prolongement à la tête de l'Etat de Kabila s'opèrerait, ainsi, de manière indirecte et légale. Dans le cas du régime burkinabè, la démarche consistant à déverrouiller la limite constitutionnelle des mandats, se voulait être directe et constitutionnelle.
2-L’expansion géographique de la contestation:
Le mouvement de protestation déclenché le 19 janvier à Kinshasa a gagné l'Est du pays, notamment Goma, chef lieu de la province du Nord-Kivu (Nord-Est) ainsi que Bukavu (Sud-Kivu-Nord-Est). La révolte burkinabè d'octobre 2014 s'est également étendue au-delà de son épicentre, Ouagadougou en touchant d'autres villes.
3-L’expansion qualitative de la contestation:
La contestation a également été le fait d'une extension qualitative, en touchant les élites universitaire religieuse.
L’Eglise Catholique de la RDC a appelé Kinshasa, mercredi, à "arrêter de tuer le peuple". Le même jour, des affrontements se sont poursuivis à l'Université de Kinshasa où la police congolaise a maté des centaines étudiants. Les deux corps, universitaire et religieux, se sont également élevés contre le régime de Compaoré lors de la crise d'octobre dernier.
4-La condamnation internationale de la violence:
Alor que la force onusienne en RDC (MONUSCO) a émis des craintes de prochaines pertes en vie, de nombreux appels "à la retenue" ont été émises par les Etats-Unis, la France ou l'Union Européenne. Ces mêmes acteurs ont émis les mêmes craintes lors du soulèvement burkinabè de 2014.
La situation de la RDC présente, toutefois, ses spécificités qui jouent contre une reproduction du scénario burkinabè:
1- Un régime en proie à des rébellions:
La circonstance que la RDC, contrairement au Burkina Faso, soit en proie, depuis des années, à l'activité meurtrière d'une nébuleuse de groupes armés (ADF-Nalu, milices Maï-Maï, FDLR..) dans le Nord-Est du pays, réduira les propensions de la population de cette région à s'engager dans un processus de contestation qui pourrait favoriser les exactions de ces groupes, le contexte de chute du régime aidant.
Même si des mouvements de contestations ont pu atteindre Goma, le spectre de l'insécurité liée à l'activité des groupes armés, jouerait, in fine, en faveur du régime. Bien que celui-ci se soit révélé incapable d'apporter une protection suffisante aux populations, l'expérience de l'insécurité accompagnant tout processus révolutionnaire, observée notamment dans les pays du Printemps arabe, pourrait réduire les propensions contestataires des populations du Nord-Kivu.
2- Erosion du pouvoir:
L'érosion du pouvoir a joué contre Blaise Compaoré, en octobre 2014. L'ancien président burkinabè, âgé de près 64 ans, avait accédé au pouvoir en 1987, et ambitionnait, au bout de 27 ans de pouvoir, un nouveau mandat en 2015. Tel n'est pas le cas de Kabila, dont l'accession au pouvoir en 2001, n'a pas entamé l'image d'un président jeune et dynamique (43 ans).
3- Le référentiel populaire
Le président congolais, fils de l'ex-chef d'Etat Laurent-Désiré Kabila, bénéficie, outre son âge, d'un atout consistant en sa lignée historique. Assassiné en 2001, Laurent Désiré Kabila reste associé, dans l'imaginaire de nombre de Conglais, à l'image du "délivreur du joug" de l'ancien leader zaïrois, le président Mobutu. Son palais est aujourd'hui un musée qui est visité par des milliers de Congolais.
Tel n'a pas été le cas du Président Compaoré, qui a, au contraire, accédé au pouvoir à la faveur d'un coup d'Etat qui a emporté la vie d'un emblème national, le président Thomas Sankara.
4- Le bicaméralisme congolais:
Le bicaméralisme en RDC constitue, aux mains du Président congolais, une marge de maneuvre pouvant lui permettre de contrôler l'embrasement de la situation sécuritaire.
Si au Burkina Faso, les manfestations ont éclaté le jour où l'Assemblée Nationale (chambre unique, de facto, du Parlement burkinabè), se penchait pour adoption définitive, sur le projet de loi constitutionnelle, la navette parlementaire en RDC, entre Sénat et Assemblée Nationale, pourrait faire planer un doute sur l'adoption du texte et faire durer le suspens, le temps exténuant les manifesants et profitant au régime kinois.