Nur Asena Gülsoy
24 Décembre 2019•Mise à jour: 25 Décembre 2019
AA – Ankara/Idleb
L'avancée du Régime syrien d'al-Assad, des forces iraniennes et russes à Idleb risque d'engendrer une nouvelle vague migratoire vers la Turquie et l'Europe.
La ville d'Idleb se situe dans le nord-ouest de la Syrie, en face de la province turque de Hatay, de l'autre côté de la frontière.
Elle comptait une population d'environ 2 millions de personne avant le conflit interne. Ce nombre a baissé à 1,2 million à cause des conflits déclenchés en mars 2011.
Les opposants et les groupes armés contre le Régime ont pris le contrôle d'Idleb en mars 2015. Idleb est ainsi devenue le "fort des opposants" à partir de cette date.
Elle a été la ville qui a accueilli le plus grand nombre de personnes déplacées, du fait de sa position géographique. Des millions de civils y sont coincés à cause des attaques et du blocus du Régime syrien et des groupes qui le soutiennent.
Selon les données de l'administration locale civile, la ville compte maintenant environ 2 millions 600 mille habitants et 1,4 millions de personnes déplacées.
Idleb a été la cible principale des raids aériens après l'intervention de la Russie en octobre 2015.
Une zone de désescalade y a été proclamée au terme de la réunion d'Astana en mai 2017, entre la Turquie, la Russie et l'Iran. La Turquie a établi 12 points d'observation en octobre 2017, dans le cadre de l'accord conclu.
Le Régime et les groupes qui l'appuient ont poursuivi leurs attaques malgré les accords d'Astana, entraînant ainsi la ville dans une tragédie.
Plus de 1,2 million de civils s'abrite dans les 1 300 camps près de la frontière turque.
-Son importance stratégique
Idleb a aussi une importance stratégique du fait de sa position. L'autoroute M5 qui la traverse, relie la Turquie, la Syrie et la Jordanie. C'est aussi une porte qui ouvre sur la Méditerranée. Elle avoisine les villes de Lattaquié, Hama et Alep. À noter que la Russie dispose d'une base à Lattaquié, "le fort du Régime".
-Récents développements
Ankara et Moscou ont conclu un protocole supplémentaire en septembre 2018, suite aux violations fréquentes de la trêve par le régime. Une zone de désarmement a été mise en place. Après une brève période de trêve, le Régime et les groupes terroristes étrangers appuyés par l'Iran ont lancé leurs attaques contre les zones civiles n'abritant aucun groupe armé.
Selon le Réseau syrien des droits de l'Homme, plus de 1 300 civils ont péri dans ces attaques.
En outre, plus d'un million de personne ont fui les zones d'attaques en 2019, vers la frontière turque.
Depuis le début du mois de novembre, soit depuis 54 jours, environ 215 mille personnes ont dû se déplacer dans la région.
-Pertes civiles
Le directeur de la Coordination des interventions en Syrie, Mohammed Hallaj a déclaré à l'Agence Anadolu, que "les forces du Régime ont commencé à avancer sur terre alors que les forces russes poursuivent les raids aériens".
"Les attaques ont fait un pic en décembre, a-t-il expliqué. Environ 350 mille civils habitaient la région la plus ciblée par les attaques. Nous craignons que l'opération terrestre ne s'élargisse. Le mouvement migratoire s'intensifiera tant que l'opération continue. Depuis le début de novembre, 225 civils dont 74 enfants, ont péri."
-Les dernières attaques
Les civils déplacés, qui n'ont pas pu trouver une place dans les camps près de la frontière turque, ont dû s'installer sur les terres agricoles, les rochers et sous les oliviers. Les familles sont obligées de partager les tentes à plusieurs. Ces gens essaient de survivre le froid, le manque d'infrastructure et les éventuelles maladies que peut engendrer la proximité des fosses septiques aux camps.
Depuis le 20 décembre, le Régime a saisi le contrôle de 35 zones d'habitation grâce au soutien des groupes terroristes étrangers appuyés par l'Iran ainsi que les forces russes.
L'avancée du Régime provoque une inquiétude car elle risque d'intensifier le mouvement migratoire et les massacres des civils.
Le Président turc, Recep Tayyip Erdogan a déclaré, le 23 décembre : "Plus de 80 mille de nos frères d'Idleb ont commencé à avancer vers nos frontières. Ce nombre augmentera si les atrocités qui les visent, ne s'arrêtent pas. La Turquie ne se chargera pas de cette vague toute seule."