AA / Genève / Fahri Aksut - Bayram Altug - Sibel Ugurlu
La mort du président égyptien Mohamed Morsi plus tôt cette année ressemble à un "meurtre arbitraire" perpétré par l'État, a annoncé vendredi l'ONU.
"La mort de Morsi, qui a enduré ces conditions pourrait être assimilable à un meurtre arbitraire sanctionné par l'État", ont déclaré Agnes Callamard, rapporteure spéciale des Nations unies sur les exécutions extrajudiciaires et le groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire, dans une déclaration écrite le 17 juin sur la mort de Morsi.
Les agences ont ajouté que les conditions de détention inadéquates risqueraient de menacer des milliers d'autres détenus.
Les experts en droits de l'homme ont déclaré que Morsi, le premier et le dernier président égyptien élu démocratiquement, était placé 23 heures par jour en isolement.
"Il n'a pas été autorisé à voir d'autres prisonniers, même au cours de l'heure durant laquelle il était autorisé à faire de l'exercice", ont-ils ajouté.
"Il a été forcé de dormir sur un sol en béton avec seulement une ou deux couvertures pour se protéger du froid", ont expliqué les experts.
"Il n'a pas été autorisé à accéder à des livres, des revues, du matériel d'écriture ou une radio", ont-ils également ajouté.
Selon les experts les autorités ont refusé d’apporter de l’aide à Morsi, alors qu’il souffrait de problèmes de santé.
"Morsi s'est vu refuser des soins vitaux pour son diabète et son hypertension artérielle", ont déclaré les experts.
«Il a progressivement perdu la vision de son œil gauche, avait des comas diabétiques récurrents et s'est évanoui à plusieurs reprises. Son état a aggravé ses problèmes de caries dentaires et d’infections des gencives », ont-ils ajouté.
Les experts ont déclaré que des milliers d'autres détenus pourraient être exposés à un «risque grave» en raison des conditions de détention toujours plus difficiles dans les prisons.
Les experts ont noté que les prisonniers sont effectivement en train d'être tués en raison des conditions dans lesquelles ils sont détenus et du refus de traitement médical.
"Il semble que cela soit intentionnel ou à tout le moins autorisé à se produire par le mépris inconsidéré de leur vie et de leur destin", ont-ils déclaré.
Les experts ont souligné que ces violations exposaient les prisonniers à un risque de mort ou d'atteinte irréparable à la santé.
Un tribunal égyptien a condamné 75 personnes à mort et 47 à la prison à vie, dans le cadre de la répression des manifestations organisées par les Frères musulmans en 2013.
Michelle Bachelet, Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, avait qualifié les peines d’erreur judiciaire grossière et irréversible.
Mohamed Morsi est devenu le premier chef d'État démocratiquement élu de l'histoire égyptienne en remportant les premières élections présidentielles post-révolutionnaires de 2012.
En 2013, Morsi a déclaré que le soulèvement égyptien qui avait éclaté le 25 janvier 2011 "avait atteint - et continuera d'atteindre ses objectifs".
Cependant, il a ensuite averti le public de tentatives secrètes de "voler" le soulèvement et de renverser ses objectifs.
Le 30 juin 2013, des dizaines de milliers de personnes - poussées par les médias - ont pris part à des manifestations anti-Morsi, tandis que les partisans de Morsi défilaient dans les rues pour soutenir le président mis sur la sellette.
Trois jours plus tard, l'armée a évincé et emprisonné Morsi, dans le cadre d'un coup d'État dirigé par le ministre de la Défense de l'époque, Abdel Fattah al-Sissi, élu l’année suivante président de la république d’Egypte.
À la suite de l'éviction de Morsi, les autorités ont lancé une implacable répression contre la dissidence politique, tuant ou emprisonnant des milliers de sympathisants de Morsi et de membres des Frères musulmans, désormais interdits. Des dizaines de jeunes ont également été condamnés à la peine de mort pour des accusations "à caractère politique" et des actes de violence qui ont eu lieu après le coup d'État.
Morsi est décédé en juin alors qu'il était jugé pour des accusations motivées par des raisons politiques.
Huit ans plus tard, les revendications des manifestants concernant «le pain, la liberté et la justice sociale» n’ont pour ainsi dire pas été satisfaites, selon les critiques du régime égyptien actuel.