AA/Tunis/Esma Ben Said
Le Libéria peut enfin baisser sa garde. Le combat acharné qu’il mène contre Ebola depuis seize mois porte finalement ses fruits : les quatre derniers malades ont été déclarés officiellement guéris et le pays n’enregistre aucun cas sur son territoire, selon les autorités sanitaires.
Cependant, avec 11.268 décès sur 27.698 cas enregistrés depuis mars 2014, principalement dans trois pays d’Afrique à savoir la Guinée, la Sierra Leone et le Libéria, le virus Ebola a déjà pris une bonne longueur d’avance.
Fauchant des vies, déstabilisant économiquement les Etats africains, l’épidémie la plus grave depuis l’identification du virus en Afrique centrale en 1976, donne aujourd'hui encore, du fil à retordre aux pays qui multiplient conférences et sommets afin d'établir une véritable stratégie pour juguler la maladie.
Si le Sénégal, le Mali et le Nigéria, faiblement touchés (respectivement 1, 6 et 8 cas, d’après l’Organisation mondiale de la Santé), sont parvenus à endiguer le virus en un laps de temps très court, la Guinée (2.511 morts sur 3784 cas enregistrés), la Sierra Leone (3949 morts sur 13241 cas enregistrés) et le Libéria (4806 morts sur 10866 cas enregistrés), font, malgré les progrès en matière de lutte, face à un ennemi de taille qui les épuise.
Ebola a, d'une part, ôté des milliers de vies, mais a, en plus, frappé fort sur le nerf économique des pays africains. Depuis l'an passé, la croissance annuelle du Libéria est passée de 5,9% à 0,4%, celle de la Guinée de 4,5 à 1,3 % et celle de la Sierra Leone de 11,3 à 6 %.
D'après la Banque mondiale, les pertes en produit intérieur brut pour les trois pays s'élèvent à pas moins de 2,4 milliards de dollars.
Face à un bilan de pertes en vie humaine et économique en perpétuelle augmentation, à une crise humanitaire de grande envergure, les autorités sanitaires locales et leurs partenaires internationaux multiplient tant bien que mal les stratégies dans l'objectif de neutraliser le virus mortel, non sans difficultés.
Ainsi, pour inverser le taux des cas positifs, en recrudescence, dans la capitale guinéenne Conakry ces dernières semaines, la Coordination anti-Ebola a décidé, d'innover. Elle a, en ce sens, lancé, la semaine passée, une nouvelle stratégie de lutte contre le virus: la méthode de "cerclage" des personnes en contacts.
Une stratégie entrée en vigueur lundi. 87 familles ont en effet été confinées dans les communes de Ratoma et de Matam où, plus de 300 contacts ont été notifiés. Selon les autorités sanitaires guinéennes, ce cerclage va durer environ 20 jours, soit la période d’incubation de la maladie, et pourrait être probant pour la suite de la lutte.
D'un point de vue financier, les initiatives gouvernementales africaines se multiplient également. Les trois pays africains ont d'ailleurs reçu, vendredi dernier, des promesses de financement à hauteur de 3,4 milliards de dollars, à l’issue d’une conférence de donateurs organisée au siège des Nations unies, à New York.
De nouveaux fonds qui font passé le total des engagements à 5.18 milliards USD censés couvrir le renforcement des systèmes de santé durant deux ans, selon un communiqué des Nations Unies.
« Ebola est un ennemi obstiné. Soutenir notre programme de redressement économique permettra d’éviter son retour », avait déclaré le président de la Sierra Leone, Ernest Bai Koroma face à la tribune onusienne.
Le Libéria, la Guinée et la Sierra Leone, ont d'ailleurs décidé, grâce à ces promesses de dons, de se doter prochainement d’un plan de redynamisation socioéconomique qui comporte un relèvement de leurs systèmes de santé réputés fragiles pour juguler les situations d’urgence.
De son côté, l'Union africaine, a appelé à libérer les trois pays affectés du fardeau de leurs dettes extérieurs évalués à un total de 3.1 milliards de dollars en 2013, lors d'une conférence internationale organisée par l’UA sur la lutte de l’Afrique contre Ebola, lundi et mardi à Malabo, en Guinée équatoriale.
Les dirigeants africains réunis à Malabo ont annoncé, à l'issu du sommet de lutte, la mise en place sous peu, d'un Fonds de soutien aux pays touchés et la création d’un centre de prévention et de contrôle pour la lutte contre la maladie d’Ebola.
Pour l'ONG médecins sans frontières, investi depuis le début dans la lutte contre l'épidémie, si les initiatives sont multiples, la victoire, cependant, elle, est encore loin et le combat sera de très longue haleine.
«Nous avons vu tellement de rapports appelant au changement, tout le monde se concentrant sur la manière d’améliorer la réponse future aux épidémies et pendant ce temps, avec de nouveaux cas d’Ebola chaque semaine dans la région, l’épidémie actuelle n’est toujours pas sous contrôle.» avait alerté la semaine passée Joanne Liu, la Présidente internationale de "Médecins sans frontières".
«Avec Ebola, nous sommes passés de l’indifférence globale à une peur globale, une réponse globale et maintenant une fatigue globale. Nous devons terminer le travail» avait-elle encore lancé.
Un duel de titans oppose donc un virus quasi-incontrôlable et des politiques tenaces qui prévoient la neutralisation d'Ebola coûte que coûte.