Bilal Müftüoğlu
10 Février 2017•Mise à jour: 10 Février 2017
AA - Paris - Bilal Muftuoglu
L'ordre libéral qui règne en Europe connaît sa pire crise depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale avec la hausse des mouvements populistes à tendance xénophobe, a averti, vendredi, le ministre turc de l'Union européenne (UE) Omer Celik.
S'exprimant devant les médias turcs depuis l'Ambassade de Turquie à Paris, Celik est revenu sur l'avenir du Vieux Continent, tout comme ses relations avec la Turquie et ses autres partenaires, dans une atmosphère politique de plus en plus fragilisée par la consolidation de l'extrême-droite.
L'avenir de l'Europe sera déterminé en 2017 par les élections en Allemagne, France et aux Pays-Bas, a tenu à rappeler le ministre turc, mettant en garde contre une éventuelle "dissolution" du projet européen en cas de l'arrivée de l'extrême-droite au pouvoir dans ces trois pays.
Celik s'est montré critique à cet égard des réactions en Europe contre le président américain Donald Trump et ses décrets jugés xénophobes, comme celui interdisant l'entrée sur le sol américain des ressortissants de 7 pays à majorité musulmane pour 90 jours.
"L'Europe s'oppose au décret de Trump, pourtant un bon nombre des pays européens adoptent exactement la même politique à l'égard des migrants. Elle critique la politique protectionniste du président américain, mais elle se montre protectionniste à son tour vis-à-vis de la Turquie", a-t-il estimé.
Et le ministre de renchérir: "L'Europe est en train de construire de nouveaux murs de Berlin. Ces murs s'érigeaient initialement contre la Turquie et le monde musulman mais nous assistons actuellement à des barrières imposés au sein même des Etats membres de l'UE".
Celik s'en est pris, à cet effet, aux courants politiques traditionnels en Europe "qui n'ont pas su résister à la vague xénophobe et islamophobe déclenchée par l'extrême-droite".
L'atmosphère politique qui règne actuellement dans le Vieux Continent est "digne de l'entre-deux-guerres", a-t-il encore relevé, soutenant que c'est précisément ce genre de "chaos" que souhaite atteindre l'extrême-droite.
Face à un monde de plus en plus incertain, l'Europe devrait consolider son alliance et se doter des mécanismes plus flexibles, en ce qui concerne son élargissement ou encore sa politique de voisinage, a encore suggéré Celik.
Elle devrait ainsi revenir sur sa relation avec la Turquie qui "n'est plus tenable", a poursuivi le ministre, déplorant son "double visage" à l'égard de la Turquie. "L'Europe ne cesse de nous répéter que nous sommes des partenaires stratégiques, tout en nous critiquant derrière notre dos", a-t-il déploré.