AA - Ankara - Tuncay Çakmak
Le Premier ministre turc, Ahmet Davutoglu, a déclaré, lundi, que la Turquie agira conformément aux règles d’engagement lorsque des avions militaires étrangers violeront son espace aérien.
Ahmet Davutoglu a répondu aux questions des journalistes lors d’une émission télévisée sur la chaîne privée turque Haberturk.
«Un avion russe a violé notre espace aérien, a-t-il dit. Nos F-16 sont intervenus. Je tiens à affirmer clairement que, les frontières de la Turquie et son espace aérien sont sous le contrôle total des Forces Armées Turques. En cas de violation de notre espace aérien, nous appliquerons les règles d’engagement contre qui que ce soit, d’où qu’il vienne. Notre pays est entouré de pays qui sont en conflits. Nous nous devons d’être prêts dans toutes les situations. Après cette nouvelle violation, je me suis entretenu avec toutes les personnes concernées, dont notre Président de la République. Une intense activité diplomatique est en cours. Notre position est très claire. La Russie est notre voisin, c’est un pays ami. Dans ce sens, nous n’avons jamais vécu de tension avec la Russie. La question syrienne n’est pas une crise entre la Turquie et la Russie. Cependant, les 911 km de frontières entre la Syrie et notre pays sont une cause de menace permanente pour notre sécurité intérieure. C’est pourquoi, les intérêts d’un autre pays en Syrie ne peuvent être plus grands que ceux de la Turquie.»
Davutoglu a en outre, critiqué l’intervention de Moscou en Syrie, rappelant que ce pays a jusqu’à présent, toujours bloqué les décisions en faveur d’une solution en Syrie.
«C’est très incohérent, a poursuivi le Premier minitre turc. Ça ne va que rendre la situation encore plus difficile. Cette tension qui monte, comme au 3 octobre, elle se déplace vers la Turquie. Nous avons mené les discussions diplomatiques nécessaires avec la Russie. Notre ministre des Affaires étrangères a demandé à son homologue russe que ce genre d’incident ne se reproduise plus. Ce matin, les autorités russes nous ont assurés qu’il s’agissait d’un acte d'inadvertance et que cela ne se renouvellera pas. Que ce soit la Syrie, la Russie ou un autre pays, nous appliquerons les règles d’engagement dans le cas où cela se reproduirait. Mes instructions ont été très clairs à ce sujet. Ceux qui violent notre espace aérien seront confrontés à notre réponse.»
Le Premier ministre a souhaité rappeler que les frontières turques sont également les frontières de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), c’est pourquoi, ce lundi à 16h00 à Bruxelles, l’OTAN discutera de cette situation, ajoutant que celle-ci pourrait mettre face à face l’OTAN et la Russie.
«Nous avons de très sérieux témoignages que les avions russes bombardent des zones où vivent des civils et les positions de l’opposition syrienne modérée, a-t-il poursuivi. Sept pays, dont la Turquie, ont publié un communiqué dénonçant ces frappes russes. La Russie, dont l’amitié est importante pour la Turquie, doit désormais faire baisser la tension. La Syrie est voisine de la Turquie, la crise qui y perdure touche la Turquie et non la Russie. Les pays amis ne doivent pas négliger nos intérêts et doivent agir en conséquence. Nous attendons donc que la Russie change d’approche, comme elle nous l’a indiqué.»
Davutoglu a appelé la Russie, et l’ensemble de la communauté internationale à lutter ensemble contre le terrorisme, contre Daesh, mais en refusant de soutenir le régime qui massacre son propre peuple.
D’autre part, Ahmet Davutoglu s’est exprimé au sujet des élections législatives qui auront lieu le 1er novembre.
«Pour la première fois depuis 13 ans, les autres partis ont eu l’occasion de partager le pouvoir avec nous, a-t-il commenté. Mais ils ont refusé de le faire, et aujourd’hui, nous allons à de nouvelles élections. Voilà dans quelle situation le pays se trouve dès qu’il faut gouverner avec une coalition. Le peuple a vu cela. Je pense que le 1er novembre, il va nous donner à nouveau la possibilité de gouverner seuls.»
Concernant le refus du Haut Conseil Electoral (YSK) d’autoriser le déplacement des urnes, Davutoglu a déclaré que le gouvernement respectera cette décision, sans que cela signifie qu’il la trouve juste.
«Le YSK aurait du prendre en considération les menaces qui pèsent sur certaines régions, a-t-il dit. A Beytussebap, à Nusaybin, à Cizre, les terroristes perpétuent des attaques. Ceci aurait du être considéré lors de la détermination des endroits où les urnes vont être placées.»
Par la suite, le Premier ministre est revenu en détail sur les engagements de son parti pour les prochaines élections, critiquant les promesses non fondées de ses adversaires.
Davutoglu a expliqué que le principal engagement de l’AK Parti est de renforcer la fraternité entre tous les citoyens, quels que soient leurs groupes ethniques ou leurs confessions, développant tout un paragraphe sur les citoyens Alévis, pour lesquelles plusieurs mesures sont attendues.
Le chef du gouvernement a également commenté les déclarations du leader du Parti d’Action Nationaliste (MHP), Devlet Bahceli, qui a annoncé que son parti sera prêt à former une coalition après le 1er novembre.
«Il est remarquable que quelqu’un qui était dans l’erreur corrige le tir, a-t-il dit. Le MHP avait cette possibilité après le 7 juin, mais il a refusé. Il est positif qu’ils aient compris leur erreur.»
Enfin, Ahmet Davutoglu a rappelé une nouvelle fois, qu’une enquête est en cours pour définir les circonstances pendant lesquels des images d’un terroriste mort attaché et trainé derrière un véhicule des forces de l’ordre ont été partagées sur les réseaux sociaux.
Le Premier ministre a rappelé que, si ces images sont authentiques, les responsables de ce comportement seront punis, et que la lutte contre le terrorisme se fait seulement dans les limites légales.