AA- Abdoulaye Adoum
Prêter à la Séléka un quelconque lien avec Boko Haram relève d'un "amalgame dangereux", a estimé dans une interview accordée à Anadolu le Général Mohamed Moussa Dhaffane, un ancien dirigeant de la Séléka, qui a nié "toute relation" de son mouvement avec ce groupe armé, principalement actif au Nigéria.
Le Général Mohamed Moussa Dhaffane, un des rares dirigeants de l'ex-Séléka se trouvant encore à Bangui, a démenti catégoriquement la moindre relation entre l'ancienne alliance de Michel Djotodia et le groupe armé Boko Haram. L'ancien numéro trois de la Séléka a prêté ces accusations à des "malentionnés" en affirmant que son mouvement "ne badine pas avec les intérêts centrafricains".
"Ne nous amusons pas avec les intérêts de la Nation centrafricaine. Ce sont des amalgames très dangereux." a noté le Général Dhaffane "Il n'y a aucune relation entre ce groupe et nous. Des personnes malintentionnées ayant des intérêts mesquins, cherchent à assimiler d'une part la Communauté musulmane de Centrafrique avec la Séléka et, d'autre part, la Séléka avec des fanatiques étrangers. Je ne me reconnais pas dans tout ça."
Cet amalgame nourrit, selon cet ancien ministre d'Etat, la dimension religieuse du conflit dans le but d'exclure les musulmans de la Centrafrique. Une stratégie préparée et entretenue, pense Dhaffane, par l'ancien président François Bozizé, renversé par Michel Djotodia le 24 mars 2013.
"J'ai toujours expliqué que la Séléka n'était pas un outil religieux d'islamisation, mais l'ancien Chef d'Etat, François Bozizé, a préparé tout ce chaos depuis bien longtemps avant sa déchéance. Des acteurs importants ont été embarqués dans le navire de la destruction du tissu social pour avoir été sensibles à la propagande ethnico-religieuse promue par certains psychopathes qui pensent que les musulmans n'ont pas droit de cité sur leur propre sol, la République Centrafricaine. C'est insensé."
Depuis le coup d'Etat du Président Djotodia, des exactions à l'encontre des populations chrétiennes ont été enregistrées et imputées aux Séléka. Avec la constitution de milices chrétiennes "d'auto-défense", la donne à changé. De nouvelles exactions à l'endroit des populations civiles musulmanes ont vite fait de désigner les anti-balaka comme "les ennemis de la paix". Un renversement de situation qui a provoqué, selon le Général Séléka, "un réajustement" de la position française et internationale, prise sur la base de "rapports tendancieux".
"Les opérations des forces internationales à savoir MISCA et Sangaris sur le terrain évoluent vers un réajustement par rapport au contexte initial qui, aussi, a évolué." a indiqué Mohamed Moussa Dhaffane. "Hier on disait des forces de la Séléka qu'elles étaient l'ennemi à abattre, mais aujourd'hui la donne a changé et on connait les vrais instigateurs du désordre. Les forces internationales présentes en Centrafrique ont qualifié les Antibalaka d’ennemis de la paix, du Peuple centrafricain et de la Communauté internationale. C'est dire que l'entrée en action des Forces internationales étaient fondées sur des rapports tendancieux selon les calculs de positionnement de certains acteurs Centrafricains eux-mêmes téléguidés par des pratiques politiciennes indignes de gens qui se présentent comme étant les défenseurs du Peuple centrafricain."
Face à la complexité de la situation sur le terrain, ce Général de l'ex-Séléka prône l'application l'accord de Ndjamena. Ce "premier pas vers l'apaisement de la situation en Centrafrique" fait partie d'une feuille de route de 7 points pour la pacification de la situation. Si l'ultime étape demeure "l'organisation d'élections libres et irréprochables pour passer le témoin au futur président élu démocratiquement", le Général Dhaffane a estimé, dans les cinq autres points qu'il a détaillés, que la sécurité et l'établissement de l'autorité de l'Etat demeurent un préalable nécessaire.
"Il s'agit de mettre fin aux exactions et aux violences des anti-balaka, d'assurer la sécurité des mouvements de la population sur tout le territoire; de procéder à la mise en place d'un programme économique cohérent dont un volet sera consacré à la "reconversion" des miliciens, éradiquer l'impunité, sans ça tout effort sera nul et de nul effet à moyen et/ou à long terme ; redéployer l'administration sur toute l'étendue du Territoire national" a indiqué l'ex-dirigeant Séléka à Anadolu.
Conclu le 10 janvier 2014 lors du 6ème sommet extraordinaire de la Communauté Economique des Etats de l'Afrique Centrale (CEEAC), l'accord de Ndjamena prévoyait que la Séléka perdrait la présidence de la République mais qu'elle obtiendrait, en contrepartie, la primature (Premier Ministère). Le 27 janvier 2014, en contravention avec l'accord de Ndjamena, André Nzapayeké est nommé Premier ministre. Bien que des sources précisent que le Gouvernement de Nzapayeké compte des éléments "proches de la Séléka", à l'instar du Ministre du transport, aucun leader ou membre de l'Alliance de Michel Djotodia n'est représenté au sein du Gouvernement.