AA/Freetown/SenatusDumbuya
La population de Sierra Leone est assignée à résidence, à partir d’aujourd’hui vendredi, et durant une période de trois jours, dans le cadre de l’action du gouvernement visant à juguler l’épidémie d’Ebola qui frappe le pays.
Les Sierra Léonais sont divisés entre ceux qui approuvent cette décision du gouvernement et ceux qui s’y opposent en évoquant principalement des motifs d’approvisionnement.
Pour Santigui Sangho, commerçant au marché central de Makeni, capitale du district de Bombali (nord), «Il était grand temps de recommencer l’assignation à résidence».
« Nous étions pratiquement parvenus à faire disparaitre le virus de Makeni, mais de nouveaux cas sont réapparus», a-t-il indiqué dans une déclaration à Anadolu, soulignant l’impératif de recourir à une telle mesure «contraignante» pour éradiquer l’épidémie mortelle.
Makeni est devenue, ces derniers temps, un foyer épidémique d’Ebola après la déclaration de nombreux nouveaux cas dans le village de Rosanda.
Le président Ernest Bai Koroma a ordonné une assignation à résidence de la population Sierra Léonaise dans une tentative d’éradiquer totalement le virus.
«Tous les Sierra Léonais doivent rester chez eux pendant trois jours», a décidé le président Koroma, élargissant le champ de la consigne -déjà appliquée en septembre dernier- à la capitale Freetown ainsi que dans des régions du nord du pays.
La population doit rester chez elle à partir de 06:00 du matin, aujourd’hui vendredi, jusqu’à dimanche 18:00 heure locale.
Les fidèles sont, cependant, autorisés à se rendre dans leurs lieux de culte habituels.
«Les autorités permettront aux musulmans de faire la prière du vendredi, entre 13:00 et 15:00, et aux chrétiens de se rendre à l’église pour ce dimanche de Pâques», affirme Emmanuel Konté, médecin coordinateur du centre de traitement d’Ebola à Bombali. Il a, en revanche, insisté sur l’importance de «vider la ville» après 15:00.
Il a, en outre, indiqué que des volontaires effectuent du porte-à-porte dans le cadre d’une campagne de sensibilisation et d’information sur Ebola.
Zeineb Koroma, jeune femme proche de la trentaine, s’est également félicitée de cette mesure qui, espère-t-elle, «contribuera à nous débarrasser de cette épidémie et de reprendre une vie normale». «Cela fait plus d’un an, nous sommes épuisés», a-t-elle confié.
Une autre partie de la population se dit par contre inquiète quant aux contraintes imposées par une telle situation.
«Quand ils me bloquent à la maison, je fais comment pour gagner de l’argent, pour nourrir mes enfants? », se plaint Adama Kamara, mère de quatre enfants qui tient un petit commerce en ville.
Pour un jeune photographe qui a préféré garder l'anonymat , il s’agit carrément d’un «cauchemar». «J’ai beaucoup souffert lors de la dernière assignation à résidence. Je suis célibataire, je vis seul et je mange dans les restaurants de la ville, ils seront maintenant fermés pendant trois jours», a-t-il regretté.
Les derniers rapports de l’OMS affirment que l’épidémie Ebola a déjà fait 10 326 morts dans l’ouest de l’Afrique. L’épidémie a frappé le Libéria, La Guinée et Le Sierra Leone, où le nombre de victimes s’est élevé à 3747.
Ebola est un virus mortel dans 90% des cas à cause de la fièvre hémorragique (saignements continus par tous les orifices du corps humain) qui se manifeste lors de la première phase de contamination. Selon l'OMS, le virus se transmet "par contact direct de la peau lésée ou des muqueuses avec le sang, des sécrétions, des liquides biologiques, des organes de sujets infectés, ou avec des surfaces et des matériaux qui ont été contaminés par ce type de liquide".
Les sujets atteints restent contagieux tant que le virus est présent dans leur sang et leurs liquides biologiques, y compris le sperme et le lait maternel.