Hale Türkeş
23 Juin 2016•Mise à jour: 24 Juin 2016
AA/Istanbul (Turquie)
Le président turc Recep Tayyip Erdogan a critiqué, mercredi, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker après que ce dernier a déclaré qu’Erdogan devra s’expliquer aux Turcs si un accord de libéralisation des visa Schengen n’est finalement pas conclu.
Dans une interview publiée, plus tôt durant la journée de mercredi, dans le quotidien allemand « Frankfurter Allgemeine Zeitung », Juncker a déclaré que le visa d’entrée sur le territoire de l’Union européenne (UE) ne pourra être levé pour les ressortissants turcs que si la Turquie remplit les conditions de l’accord sur les réfugiés, ainsi que d’autres prérequis.
« Si la Turquie remplit les 72 conditions au complet, que nous avons formulées ensemble, pour la levée du visa, alors il n’y aura aucune raison de refuser à leurs citoyens de voyager sans visa » a affirmé Juncker.
« Cependant si M. Erdogan tente sérieusement de rompre l’accord, alors ce sera son travail de dire aux Turcs pourquoi ils ne peuvent pas profiter de voyages sans visas vers l’Europe » a-t-il ajouté.
S’exprimant lors d’une cérémonie de lancement à l’Université de Fatih Sultan Mehmet, à Istanbul, Erdogan a accusé Juncker de « ne pas connaitre » les Turcs.
« Vous ne connaissez pas du tout la nation turque. Ces personnes ne cherchent pas à obtenir des voyages sans visas. C’est vous qui êtes inquiets à propos de ce qui pourrait arriver si la Turquie ouvre ses portes et que tous les réfugiés partent vers l’Europe » a répliqué le président turc.
« Ils [UE] sont dans tous leurs états. Lorsque 60 000 personnes se sont rassemblées à Edirne [province turque limitrophe de la Bulgarie et de la Grèce] ils sont devenus très anxieux, et ont commencé à se demander si toutes ces personnes allaient traverser vers la Bulgarie ou la Grèce » a-t-il affirmé.
Le président turc a également accusé l’Union européenne (UE) de ne pas accepter la Turquie comme membre « parce que c’est un pays à majorité musulmane ».
« Vous ne pouvez pas dire le contraire. Un ancien ministre français des Affaires étrangères m’a une fois dit cela dans des termes très clairs : ‘’ils ne vous accepteront pas dans l’UE. Vous essayez en vain.’’ Lorsque je lui ais demandé pourquoi, il m’a répondu que c’était parce que nous étions musulmans ».
La Turquie et l’Union européenne ont conclu le 18 mars dernier un accord sur les réfugiés.
En vertu de cet accord, tous les réfugiés et les migrants arrivés en Europe depuis la Grèce doivent être renvoyés en Turquie à la suite d’évaluations individuelles «parfaitement conformes au droit international» selon les deux parties.
En échange l’Union européenne doit réinstaller les réfugiés syriens se trouvant déjà dans des camps en Turquie.
L’UE a également accepté d’accélérer le processus d’intégration de la Turquie au bloc européen et de libéraliser les visas Schengen pour les citoyens turcs, à la condition qu’Ankara satisfasse à 72 exigences formulées par l’UE.