Mohamed Hedi Abdellaoui
18 Mars 2016•Mise à jour: 19 Mars 2016
AA/Maroua/Anne Mireille Nzouankeu
Le mode opératoire dont use Boko Haram pour hypnotiser et laver les cerveaux de ses kamikazes «potentiels» avant de passer à l’acte vient encore une fois bousculer toute idée ordinaire sur ces « vendeurs d’illusions ».
Se basant sur les interrogatoires des prisonniers de Boko Haram, les renseignements et l’observation des kamikazes qui n’ont pas pu se faire exploser, les services de renseignement camerounais affirment que ces kamikazes, dont la plupart sont du sexe féminin, ne sont pas des candidats volontaires et qu’ils ont subi un traitement bien spécifique avant de passer à l’acte.
«Il s’agit de candidates forcées. Ces filles sont enlevées, séparées de leurs familles pendant des années. Boko Haram leur fait un lavage de cerveau et les droguent avant de les envoyer se faire exploser », indique sous couvert d’anonymat à Anadolu, un officier du renseignement, qui est en service dans une unité de combat de l’armée camerounaise, positionnée près de la frontière avec le Nigeria.
«Ces kamikazes sont efficaces maximum 72 heures après le début de leur mission. Après 72 heures, lorsque les effets de la drogue commencent à s’atténuer, les kamikazes commencent à retrouver leur lucidité. Nous avons eu des cas de kamikazes qui, à la dernière minute, ont hésité à se faire exploser, d’autres se sont rendues à l’armée camerounaise en demandant qu’on les sauve», ajoute la source.
D’après des informations recueillies auprès des officiers de renseignement, Boko Haram commence à utiliser des kamikazes avec des charges déclenchées par une tierce personne à distance. D’après les mêmes sources, le groupe classé comme terroriste, commence aussi à utiliser de plus en plus des kamikazes « dressés comme des chiens de Pavlov », c’est-à-dire qu’ils sont comme des automates. «Ils déclenchent instinctivement leur charge dès qu’ils sont mis dans certaines conditions, par exemple dès qu’ils s’approchent d’une maison et qu’on ouvre une porte ».
Ce qui donne à lire, selon lui, un dressage bien précis de ces kamikazes, en phase préparatoire, en les isolant complètement du monde extérieur et jusqu’à leur faire oublier leur identité.
D’août 2014 au 14 mars 2016, il y a eu 336 attaques diverses de Boko Haram au Cameroun. Il s’agit de 43 attaques conventionnelles, c’est-à-dire des combattants de Boko Haram qui viennent attaquer comme une armée, avec des troupes, des véhicules et des armes. Il y a aussi eu 293 autres attaques, incluant les attentats kamikazes et les incidents sur mines. « Les attentats kamikazes sont un nouveau déploiement de Boko Haram. Depuis que nos frontières sont sécurisées, ils arrivent difficilement à opérer des attaques conventionnelles. Ils ont donc trouvé d’autres méthodes », explique le Colonel Didier Badjeck, le chef de la division de la Communication au ministère camerounais de la Défense, rencontré à Maroua par l’agence Anadolu.
Pour ce qui est des 43 attaques conventionnelles, c’est-à-dire lorsque Boko Haram est venu en tant que groupe armé, il y en a eu neuf à Limani, 14 à Amchidé, cinq à Kolofata, deux à Waza, 12 à Fotokol et une à Kerawa. Sept bases militaires ont été ciblées au cours de ces attaques conventionnelles.
Ainsi, en un an et demi, il y a eu « 34 attaques kamikazes » au Cameroun ayant fait 234 tués dont 60 terroristes et trois soldats parmi lesquels un tchadien et deux camerounais. « 80 pour cent des kamikazes sont des jeunes filles et dans 80 pour cent des cas, ces kamikazes agissent en binôme », ajoute le Colonel Badjeck.
Les sources d’Anadolu expliquent que ces charges sont de petites bombes artisanales reliées à un détonateur, une sorte d’interrupteur que la personne tient à la main et appui dessus pour se faire exploser. Les kamikazes qui sont pour la plupart des jeunes filles portent ces charges sous leurs pagnes, au niveau du ventre les faisant passer pour des femmes enceintes, dans un sac à main ou sur la tête pour celles qui font semblant d’être des commerçantes. Les hommes portent les charges dans les boubous. Le fil reliant la charge au détonateur est passé dans la manche du boubou afin que le kamikaze tienne le détonateur dans la main.
Depuis que les frontières sont contrôlées, Boko Haram s’est aussi illustré par des attaques par mines. Ces mines sont placées à des endroits stratégiques et explosent au passage de la cible. «De août 2014 à ce jour, il y a eu 47 attaques par mine. Il s’agit de 43 mines activées par l’individu et quatre mines radio activées », explique l’officier de renseignement qui est l’une des sources d’Anadolu.
Les sources d’Anadolu expliquent que ces mines sont de fabrication artisanale et enterrées dans le sol. Elles sont confectionnées avec des bonbonnes de gaz et d’autres composants chimiques, le tout relié à un détonateur. La plupart des mines sont activées par pression de l’individu, c’est-à-dire qu’elles explosent lorsqu’on marche dessus. « Les mines radio activées sont reliées à un système radio et quelqu’un les fait exploser à distance », ajoute la source.